Si vous avez l’impression que “les vermifuges marchent moins bien”, vous n’êtes pas seul : la résistance des parasites est un vrai sujet… et elle est souvent favorisée par des habitudes de gestion pourtant bien intentionnées.
Avant d’aller plus loin, si vous voulez revoir les bases (types de vermifuges, principes, vigilance), gardez ce repère : Vermifuge cheval : guide complet.
L’objectif ici n’est pas de vous donner un protocole figé, ni de remplacer un avis vétérinaire : on va plutôt voir les mécanismes qui favorisent la résistance et comment réduire le risque avec des actions simples.
Coproscopie : un outil utile… à comprendre (et à remettre dans son contexte)
La coproscopie consiste à identifier et compter des œufs de parasites dans les crottins (analyse au microscope, résultat exprimé en “œufs par gramme”).
Elle s’inscrit dans une logique de vermifugation raisonnée : plutôt que de traiter “par réflexe”, on cherche à savoir si un cheval excrète, combien, et si un traitement semble efficace dans votre contexte.
Deux points de prudence importants :
- Tous les parasites ou stades ne sont pas détectables avec une simple coproscopie (certaines formes/stades nécessitent d’autres approches).
- L’interprétation est contextuelle : saison, âge, gestion des pâtures, historique de traitements, niveau de risque… C’est typiquement un sujet à cadrer avec votre vétérinaire.
Tableau pratique : Erreur → pourquoi ça favorise la résistance → alternative prudente
| Erreur fréquente | Pourquoi ça favorise la résistance | Alternative prudente (principes) |
|---|---|---|
| Vermifugation automatique “calendrier” | Met une pression de sélection constante sur les parasites | Ajuster au risque réel (écurie, saison, chevaux), et intégrer la coproscopie quand c’est pertinent |
| Sous-dosage (administration incomplète, estimation “à l’œil”) | Les parasites les plus tolérants survivent et se transmettent | Peser/estimer au plus juste + s’assurer que la dose est bien prise (pas recrachée) |
| Surdosage / répétition trop rapprochée “au cas où” | Pression de sélection inutile + perturbation du “réservoir” de parasites sensibles | Traiter quand il y a une raison claire + choisir avec le vétérinaire |
| Toujours la même molécule / la même stratégie | Les survivants adaptés deviennent majoritaires | Varier la stratégie quand c’est justifié, en se basant sur le contexte et le suivi |
| Pâtures surchargées (densité) | Forte contamination de l’environnement, réinfestation rapide | Réduire la densité, organiser la rotation, ramassage des crottins si possible |
| Rotation de pâtures inexistante | Accumulation d’œufs/larves au même endroit | Mettre en place une rotation réaliste, même “imparfaite mais régulière” |
| Nouveaux chevaux sans quarantaine | Introduction possible de parasites résistants | Quarantaine + gestion des crottins + plan de contrôle avec le vétérinaire |
| “Tout le monde traité pareil” | On sélectionne inutilement chez des chevaux peu excréteurs | Individualiser : tous les chevaux n’ont pas le même statut/exposition |
Les 8 erreurs les plus courantes (et comment les éviter sans se compliquer)
1) Confondre prévention et “traiter par routine”
La routine rassure… mais la résistance adore la routine. Si on traite “par défaut”, on augmente la pression de sélection sans forcément réduire le risque sanitaire de façon proportionnelle.
2) Faire une vermifugation automatique à l’échelle de l’écurie
Le vrai piège, c’est le traitement de masse sans réflexion : mêmes dates, mêmes produits, mêmes doses, pour des chevaux d’âges, d’états et d’expositions différentes.
3) Le sous-dosage (souvent involontaire)
Le sous-dosage ne vient pas seulement d’une “petite dose” : il peut venir d’un cheval qui recrache, d’une seringue mal placée, d’un poids mal estimé, ou d’une partie du produit perdue.
4) Le surdosage / “j’en remets un peu”
À l’inverse, “surdoser pour être sûr” n’est pas une stratégie : ça augmente la pression de sélection et ne remplace pas un vrai raisonnement (ni un suivi).
5) Négliger la gestion des pâtures (rotation, densité)
Une grande partie du problème se joue dans l’environnement : plus la pâture est contaminée, plus la réinfestation est rapide, et plus on est tenté de retraiter… cercle vicieux.
6) Oublier la quarantaine des nouveaux chevaux
C’est l’une des erreurs les plus coûteuses : un nouveau cheval peut amener un profil parasitaire très différent. Une quarantaine (même courte) avec gestion des crottins et stratégie de contrôle réduit le risque d’introduire des parasites difficiles à gérer.
7) Ignorer les limites de la coproscopie (ou lui demander l’impossible)
La coproscopie est utile pour compter/identifier des œufs de certains parasites, mais elle ne “voit” pas tout.
Mieux vaut la considérer comme un outil d’aide à la décision, pas comme un verdict.
8) Ne jamais vérifier l’efficacité d’un traitement
Selon les contextes, des coproscopies avant/après peuvent aider à évaluer si la stratégie fonctionne et à discuter d’un éventuel problème de résistance au niveau de l’exploitation.
Ce point se décide avec le vétérinaire (moment, méthode, interprétation).
Checklist : Plan simple en 5 actions (prévention + bon sens)
- Cartographier le risque de votre écurie : densité, rotation, zones “sales”, accès à l’herbe, mélange d’âges, historique d’arrivées.
- Mettre la pâture au centre : rotation réaliste + limiter la surdensité + ramassage des crottins quand c’est faisable (même partiel).
- Sécuriser l’administration : estimer le poids au plus juste, vérifier la prise, éviter les pertes (c’est là que naissent beaucoup de sous-dosages).
- Mettre en place une vraie quarantaine : nouveaux chevaux isolés, crottins gérés, stratégie définie avec le vétérinaire.
- Suivre plutôt que deviner : discuter d’un calendrier de coproscopies pertinentes (selon saison/écurie) et de points de contrôle si suspicion d’inefficacité.
FAQ
1) La résistance aux vermifuges, c’est “mon cheval” qui devient résistant ?
Non : ce sont les parasites qui s’adaptent. Le cheval n’est pas “résistant”, il héberge des parasites plus difficiles à éliminer.
2) La coproscopie remplace le vermifuge ?
Non. Elle aide à évaluer l’excrétion d’œufs et à raisonner, mais tous les parasites/stades ne sont pas identifiables par cet examen.
3) Pourquoi éviter la vermifugation automatique ?
Parce qu’elle augmente la pression de sélection : plus on traite sans ciblage, plus on favorise la survie des parasites tolérants.
4) Est-ce grave si je me trompe un peu de dose ?
Le risque, c’est surtout le sous-dosage (prise incomplète, cheval qui recrache, poids mal estimé). L’enjeu est de sécuriser l’administration.
5) Faut-il traiter tous les chevaux pareil ?
Souvent non : exposition, âge, statut d’excréteur, pâtures… varient. L’approche “unique” favorise des traitements inutiles.
6) Rotation des pâtures : je n’ai pas assez de parcelles, je fais comment ?
Même une rotation “imparfaite” aide. L’idée : éviter l’accumulation au même endroit, réduire la densité quand possible, et gérer les zones à forte charge.
7) Quarantaine : combien de temps ?
Il n’y a pas de durée universelle. L’important est le principe (isoler, gérer crottins, définir stratégie avec le vétérinaire).
8) Quels parasites voit-on le plus souvent en coproscopie ?
Les strongles sont fréquemment concernés ; certains types d’œufs se ressemblent et ne sont pas toujours différenciables sans examens plus poussés.
9) Comment savoir si “le vermifuge ne marche plus” ?
Plutôt que de conclure vite, on vérifie : administration correcte, contexte pâture, et éventuellement discussion d’un contrôle par coproscopie avant/après selon la situation.
10) Mon cheval est au box : le risque est plus faible ?
Pas forcément. Le risque dépend aussi du paddock, de la gestion des crottins, du mélange de chevaux, et des mouvements (entrées/sorties).
Pour aller plus loin
- Organisation au pré, rotation, densité : pension chevaux : organisation et pâtures
- Approche globale “prévention” : soins du cheval : prévention
