Dès qu’on arrive au bord de la Méditerranée, son cri roule au-dessus des toits et des ports. Ce « goeland » que beaucoup appellent simplement gabian est, dans la plupart des cas, un goéland leucophée, l’espèce emblématique de nos côtes du Sud.
Oiseau marin puissant, opportuniste, parfois envahissant, il intrigue autant qu’il agace. Taille réelle, poids, durée de vie, période de reproduction, différence avec les autres espèces de goélands, présence en ville et notamment à Marseille… Ce guide fait le point, avec un regard de terrain, pour mieux comprendre cet oiseau plutôt que de le réduire à « oiseau poubelle ».
Reconnaître un goéland leucophée au premier coup d’œil
Le goéland leucophée (Larus michahellis) est un grand goéland robuste, de taille comparable au goéland argenté. Adulte, il présente :
- un manteau gris moyen sur le dos et les ailes, plus sombre que celui du goéland argenté ;
- le dessous du corps entièrement blanc ;
- un bec jaune vif, épais, avec une tache rouge à l’extrémité de la mandibule inférieure ;
- des pattes jaune franc, qui lui valent son nom anglais de Yellow-legged gull.
Les yeux sont clairs, entourés d’un cercle orbital rouge-orangé bien visible en gros plan. En vol, on repère des extrémités d’ailes noires marquées de grandes taches blanches (les « miroirs »).
Comme chez beaucoup de laridés, le plumage varie selon l’âge :
- Juvénile : brun moucheté, bec sombre, aspect global « tacheté ».
- 1er–2e hiver : plumage encore brun-gris irrégulier, bec bicolore, pattes progressivement jaunissant.
- Adulte : plumage net gris et blanc, pattes bien jaunes, bec jaune à tache rouge.
Sur le terrain, le cri aide aussi : le leucophée est très vocal, avec un rire rauque et des miaulements insistants, souvent entendus au-dessus des ports et des toits en ville.
Taille, poids et durée de vie du goeland
Les recherches pour « goeland taille » ou « poids goeland » reviennent souvent, car la carrure impressionne lorsqu’il passe à quelques mètres au-dessus de la tête.
Pour le goéland leucophée :
- Longueur : jusqu’à environ 65–70 cm du bout du bec au bout de la queue ;
- Envergure : environ 1,40 à 1,50 m, parfois un peu plus pour les grands mâles ;
- Poids : en moyenne entre 750 g et 1,25 kg selon le sexe et la saison (les mâles sont plus lourds que les femelles).
Côté durée de vie du goeland, les chiffres varient selon les sources et les conditions de vie :
- en nature, beaucoup d’individus ne dépassent pas 10–15 ans, à cause de la prédation, des tempêtes, des pollutions ou des collisions ;
- chez les oiseaux bagués et suivis sur le long terme, des longévités de 25 à 30 ans ont été documentées.
On peut donc retenir une espérance de vie moyenne d’une quinzaine d’années, avec un potentiel maximal autour de 25–30 ans pour les individus les plus chanceux.
Où vivent les goélands leucophées, en mer comme en ville
Historiquement, le goéland leucophée est une espèce essentiellement méditerranéenne. Il se reproduit sur les côtes, les îles rocheuses et les falaises du bassin méditerranéen, puis a colonisé progressivement le littoral atlantique français ainsi que plusieurs archipels de l’Atlantique Est (Açores, Madère, Canaries, Berlengas).
Depuis quelques décennies, sa population a explosé. Faute d’espace sur les falaises naturelles, l’espèce a commencé à s’installer :
- sur les toits des villes côtières ;
- le long des grands fleuves ;
- jusque dans certaines grandes agglomérations de l’intérieur des terres.
Dans les régions méditerranéennes, il n’est pas rare de le croiser très loin de la mer, suivant un cours d’eau ou fouillant des décharges et zones industrielles.
Alimentation et comportement : un opportuniste des côtes et des ports
Le goéland leucophée est un omnivore opportuniste. Son menu classique comprend :
- poissons capturés en surface ou pris dans les rejets de pêche ;
- invertébrés marins (crustacés, mollusques) ;
- œufs et poussins d’autres oiseaux de mer ;
- charognes et petits vertébrés comme rats ou pigeons ;
- déchets d’origine humaine, en particulier près des ports et des décharges.
Cette plasticité alimentaire explique une grande partie de son succès. L’espèce profite pleinement des activités humaines :
- chalutiers qui rejettent poissons et déchets par-dessus bord ;
- décharges à ciel ouvert ;
- terrasses, parcs, quais et parkings où les restes de nourriture sont nombreux.
C’est ce comportement qui lui colle l’étiquette d’« oiseau poubelle ». Pourtant, sur le plan écologique, le goéland joue aussi un rôle d’éboueur naturel en consommant carcasses et restes organiques.
Un comportement très territorial en période de nidification
En saison de reproduction, les couples deviennent très territoriaux autour du nid. Ils n’hésitent pas à foncer vers un intrus (chien, chat, humain) en criant et en piquant parfois, surtout si les poussins sont déjà mobiles sur les toits ou les falaises.
Pour limiter les conflits, quelques réflexes simples :
- éviter de rester immobile juste sous un nid ;
- ne pas chercher à toucher ou manipuler les poussins tombés des toits, mais prévenir les services compétents ;
- garder les chiens en laisse près des colonies.
Période de reproduction et cycle de vie des poussins
La période de reproduction du goéland varie selon la latitude, mais sur les côtes françaises :
- les couples s’installent sur les sites de nidification à la fin de l’hiver ;
- la ponte a lieu en général entre avril et mai ;
- la nichée comprend le plus souvent 2 ou 3 œufs.
Le nid est assez sommaire : une cuvette de végétaux, brindilles, voire de morceaux de papier ou de plastique sur les sites urbains. Le couple se partage la couvaison, qui dure environ 25 à 27 jours.
Après l’éclosion :
- les poussins restent au nid quelques jours, puis se déplacent à proximité en bêlant pour réclamer leur nourriture ;
- les parents régurgitent des proies prédigérées ;
- l’envol intervient vers 40 à 50 jours, selon la disponibilité alimentaire et la météo.
Les jeunes goélands restent ensuite plusieurs semaines autour de leur site de naissance, continuant à quémander la nourriture des adultes avant d’acquérir leur autonomie. La maturité sexuelle n’est atteinte qu’à 3–4 ans, lorsque le plumage adulte est complet.
Les principales espèces de goélands en France et comment les distinguer
La question « goéland leucophée ou argenté ? » revient sans cesse chez les observateurs. Les espèces proches sont nombreuses, mais quelques repères visuels aident vraiment.
Parmi les grands goélands fréquents en France, on retrouve :
- Goéland leucophée (Larus michahellis) : manteau gris moyen, pattes jaunes, bec jaune à tache rouge, très commun en Méditerranée et de plus en plus sur l’Atlantique.
- Goéland argenté (Larus argentatus) : manteau gris plus clair, pattes roses, répartition plutôt atlantique et Manche.
- Goéland brun (Larus fuscus) : manteau gris très sombre voire brun ardoise, pattes jaunes, silhouette un peu plus fine.
- Goéland cendré (Larus canus) : plus petit, manteau gris, pattes vert-jaune ou gris verdâtre, allure plus légère.
En pratique, pour un oiseau « de taille goeland » observé en France :
- Regardez la couleur des pattes :
- jaunes → leucophée ou brun ;
- roses → argenté.
- Comparez la couleur du dos :
- gris moyen → leucophée ;
- gris très sombre → brun ;
- gris clair → argenté.
- Ajoutez le contexte géographique :
- Méditerranée et Sud → leucophée majoritaire ;
- Atlantique Nord et Manche → argenté plus fréquent.
Avec un peu de pratique, ces repères deviennent presque automatiques derrière une paire de jumelles ou un téléobjectif.
Goélands et villes côtières : l’exemple de Marseille
La requête « goeland Marseille » illustre bien une situation aujourd’hui classique : le goéland leucophée s’est massivement installé sur les toits des grandes villes méditerranéennes.
À Marseille comme à Nice, Sète ou Toulon, on le retrouve :
- nichant sur les toits plats, terrasses, corniches d’immeubles ;
- suivant les bateaux dans le Vieux-Port ;
- fouillant les bennes à ordure ou les dépôts de poisson ;
- stationné en bandes sur les toits des parkings et les lampadaires.
Cette proximité crée parfois des tensions : bruits nocturnes, fientes, sacs de déchets éventrés, attaques de défense quand les poussins se promènent sur la chaussée.
Quelques pistes concrètes de cohabitation raisonnée :
- Limiter la nourriture facile : sacs fermés, bennes couvertes, déchets de poisson correctement évacués.
- Protéger certains toits (bâtiments sensibles) avec des systèmes d’effarouchement ou d’impossibilité de nidification, installés par des professionnels.
- Informer le public : ne pas nourrir les goélands, surtout en période de reproduction, même si la scène amuse les touristes.
Au-delà de la nuisance, ces oiseaux rappellent que la ville reste ouverte sur la mer. Leur présence est aussi le signe d’écosystèmes littoraux encore capables de soutenir d’importantes colonies, même si l’équilibre est fragile.
Observer et photographier les goélands sans les déranger
Pour qui aime les oiseaux, le goéland leucophée est un modèle idéal : grand, visible, expressif, souvent à portée de focale.
Quelques conseils de terrain pour l’observation et la photo :
Choisir les bons lieux
- quais, digues et jetées des ports ;
- falaises littorales et îlots rocheux ;
- bords de fleuves ou de lacs en ville, où ils viennent se poser en groupes.
Les matinées calmes, avec une lumière rasante, mettent bien en valeur le contraste gris/blanc du plumage.
Adopter une approche respectueuse
- rester à bonne distance des nids sur falaises ou toits, pour éviter les envols paniqués ;
- ne pas chercher à se rapprocher des poussins ;
- éviter d’utiliser la nourriture comme appât pour « faire venir » les oiseaux, surtout en pleine ville.
Pour les photographes
- En vol, un zoom autour de 200–400 mm permet d’attraper de belles silhouettes en contre-jour au-dessus de la mer.
- Sur les quais, un simple 70–200 mm peut suffire pour des portraits serrés de têtes, mettant en valeur l’œil clair, le bec jaune et la fameuse tache rouge.
- En hiver, pensez à documenter les plumages intermédiaires (juvéniles, 2e hiver) très utiles pour progresser en identification.
Ce type de travail d’observation patiente et de prise de vue contribue à mieux connaître l’espèce et, souvent, à changer le regard qu’on porte sur elle.
FAQ
Quelle est la taille moyenne d’un goeland leucophée ?
Un goéland leucophée adulte mesure autour de 60 à 70 cm de long, pour une envergure d’environ 1,40 à 1,50 m. C’est donc un grand oiseau marin, sensiblement plus massif qu’une mouette rieuse, mais proche en taille des autres grands goélands comme l’argené ou le brun.
Quel est le poids d’un goeland adulte ?
Selon le sexe, la saison et l’état de forme, le poids varie en moyenne entre 750 g et 1,25 kg. Les mâles sont plus lourds et plus puissants que les femelles, ce qui se remarque lorsqu’ils défendent le nid ou se battent pour une proie.
Combien de temps vit un goeland leucophée ?
L’espérance de vie réelle dépend beaucoup des conditions. De nombreux individus ne dépassent pas 10–15 ans, mais les suivis de baguage ont montré que certains goélands leucophées peuvent atteindre voire dépasser 25 ans.
Quand a lieu la reproduction du goeland leucophée ?
Sur les côtes françaises, la nidification commence à la fin de l’hiver. Les pontes se concentrent surtout entre avril et mai. La couvaison dure environ 25–27 jours et les jeunes prennent leur envol vers 40–50 jours. Les couples restent ensuite sur le site jusqu’à la fin de l’été.
Comment différencier un goeland leucophée d’un goeland argenté ?
Le critère le plus simple est la couleur des pattes : jaunes chez le leucophée, roses chez l’argenté. Le manteau du leucophée est aussi un peu plus sombre. En Méditerranée, la plupart des grands goélands aux pattes jaunes que vous verrez seront des leucophées ; sur la Manche et l’Atlantique Nord, l’argenté domine.
Pourquoi voit-on autant de goélands dans des villes comme Marseille ?
L’espèce a profité de la facilité d’accès aux déchets, des rejets de pêche et de la disponibilité de nouveaux sites de nidification sur les toits. La combinaison nourriture abondante + absence de prédateurs naturels explique la forte densité de goélands leucophées dans certaines grandes villes portuaires comme Marseille.
